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Ma démarche artistique puise dans les différentes strates de notre monde : voyage autour de la matière en fusion des volcans, la terre façonnée en sculptures; des dessins animaliers révélés sur plexiglas transparent, conjugués au monde végétal représentent le vivant et la présence humaine mise en scène dans mes photographies.

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KAWA IJEN
Indonésie, Ile de Java, Asie
Altitude : 2 799 m
Type de volcan : Stratovolcan
Type d'éruption : Phréatique
Type de roche : Andésite
Activité : Actif
Photos : 2012
En 2012, je décide de partir en Indonésie, avec mon sac à dos pendant deux mois. Toute seule. Je me réfère au guide du Routard pour choisir mes activités. Je n’avais jamais vu de volcan et je décide d’aller sur l’Ile de Java, à l’Ouest de Bali pour voir le Volcan Kawah Ijen. En tant que routarde, je me suis fait un compagnon de voyage, routard lui aussi, qui accepte volontiers de m‘accompagner gravir le Kawah Ijen. C’est un volcan qui abrite une mine de soufre et duquel surgit de la fumée bleue, visible la nuit comme l’indique le guide. On souhaite voir la fumée bleue la nuit, qui se dit « Blue Fire ». C’est une vrai expédition, une ascension qui se prépare pour nous qui ne sommes pas sportifs. On ne capte pas internet et le Kawah Ijen est dans un endroit reculé de Java, alors on décide de trouver un guide local pour nous accompagner. On trouve un habitant qui est d’accord pour nous montrer le chemin en échange d’une petite rémunération.
On arrive au pied du volcan vers 1h du matin, pour pouvoir voir le Blue Fire de nuit et être à l’intérieur du cratère du volcan à la tombée du jour également. On monte la pente qui nous amène au sommet du volcan, le dénivelé est un peu pentu mais facile à monter pour des débutants. Il y a un chemin piéton tracé sur la montée que nous suivons avec le guide. Par contre on respire très mal, les vapeurs de la mine de soufre s'inhalent dès le pied du volcan. Heureusement nous avions chacun un foulard pour mettre sur la bouche et le nez afin de nous protéger des vapeurs toxiques.

Il fait froid, il doit faire 7 ou 8 degrés et la seule lumière que nous avons, ce sont nos lampes frontales.
Arrivée sur le haut du cratère, avec beaucoup de mal à respirer, quelle a été ma stupeur ! J’y vois une grosse fumée, un magnifique lac bleu turquoise mais surtout une dizaine d’hommes en train de travailler. Le guide nous explique que c’est de l’extraction artisanale de soufre.
C'est comme si tout le panorama s'était éclairé.

Je suis stupéfaite de voir ces hommes transporter le soufre (entre 60 et 90 kg) dans des paniers traditionnels en bambou tressé appelés « Pikulan ». Sans absolument aucune protection, certains avec des claquettes, d’autres avec de simples bottes en caoutchouc, je les vois monter et descendre à l’intérieur du volcan sur des cailloux branlants : à l’intérieur du cratère il n’y a pas de chemin tracé. Voir ces hommes m’a bouleversée. De nuit, avec cette tache si difficile qu’ils étaient en train d’effectuer sans foulard ni masque pour protéger leurs poumons des vapeurs toxiques, ces hommes ont une espérance de vie de 50 ans. Les Mineurs du Kawah Ijen acceptent de faire ce travail car il est bien payé et cela leur permet de subvenir aux besoins de leurs familles. J’ai eu à ce moment là le sentiment de me retrouver dans un autre temps. Pourtant c’était bel et bien en 2012. Je me rends compte que je suis juste dans un autre pays et je prends conscience à ce moment là quelle chance nous avons d’avoir les moyens financiers et techniques en terme de protection et sécurité en France. Même si cette vue restera à jamais gravée dans ma mémoire, je commence à prendre des photos pour en garder une trace. C'est impossible de rester indifférente.




Nous descendons dans le cratère avec difficulté en ayant toujours beaucoup de mal à respirer et nous nous approchons du Blue Fire. Cette fumée bleue qui jaillit du sol, dans la nuit totale est magnifique. Le soufre jaune qui sort du sol, est bouillant (environ 150 °C ). Les vapeurs nous empêchent de plus en plus de respirer car le soufre émet beaucoup de fumée et nous en sommes très proches.



Au milieu de ces quelques hommes sans masque qui ont l’air de creuser le soufre avec facilité, nous remontons vite au sommet du cratère car l'air est irrespirable.
Une fois en haut du cratère , le jour commence à se lever. Nous sommes les seuls étrangers, nous avons le volcan pour "nous". Mais il y a beaucoup de fumée qui sort du cratère alors nous ne pouvons bouger que de quelques mètres en étant très prudents ! Avec le jour qui se lève nous pouvons admirer le lac bleu turquoise qui est au fond du cratère. C’est l’un des lacs les plus acides du monde, il contient de l’acide sulfurique. Malgré l’excitation, nous sommes conscients que c’est hyper dangereux. Nous pouvons trébucher à n’importe quel moment et tomber dans le lac acide ou dans le soufre. Nous restons pour voir le lever du soleil mais la fumée nous empêche de voir ce spectacle merveilleux.






Alors nous repartons le cœur touché par cette exploration humaine et terrestre que nous avons découverte. Cette expérience d’avoir approché d’aussi près du soufre en ébullition était magnifique et pleine de surprises . J’ai adoré cette sensation d’être à 1m du beau, du naturel et du risque. Je me suis sentie submergée de joie, je me suis sentie toute petite au cœur de la roche volcanique, j’ai adoré ressentir cela.
Nous redescendons au pied du volcan. C'est une expérience pas comme les autres que j'ai vécu là. Je ne pensais pas être autant inondée d'émotion. L'absence de sécurité a rendu ce moment réellement magique et palpitant. Ce sentiment de petitesse est juste extraordinaire. Alors dans la foulée, je décide d’aller voir un deuxième volcan de l’île de Java, le mont Bromo.
